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Jack Lang propose le boycott du sommet de Tunis
by Rodbourne on 2005, November 15 - 11:47am
Jack Lang propose le boycott du sommet de Tunis

Après l'agression vendredi à Tunis de l'envoyé spécial de «Libération», l'ancien ministre socialiste de la Cultu re dénonce un «pays d'étouffement de la démocratie» • Pour le régime tunisien, un «incident comme celui-ci peut survenir dans toutes les capitales»

La condamnation de l'agression dont a été victime, vendredi à Tunis, notre envoyé spécial Christophe Boltanski, tourne à l'affaire d'Etat. Lundi matin, les syndicats de journalistes sont montés au créneau pour condamner et l'agression et les atteintes à la liberté de la presse en Tunisie.

Alors que doit s'ouvrir mercredi le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI, 16-18 novembre), le Forum permanent des sociétés de journalistes a souligné qu'il fallait un «sens aigu du paradoxe pour confier à la Tunisie, pays sou mis à un régime répressif et policier qui bafoue sans relâche la liberté d'informer et la liberté d'expression», un rendez-vous de l'envergure du SMSI. Le Syndicat national des journalistes CGT (SNJ-CGT) a de son côté publié lundi les lettres qu'il a adressées à Dominique de Villepin et à l'ambassade de Tunisie à Paris, pour protester contre le refus des autorités tunisiennes d'autoriser un syndicat indépendant des journalistes tunisiens (SJT). Lors d'une conférence de presse à Paris, le syndicat a également dénoncé «l'impressionnant arsenal déployé par le pouvoir du président Ben Ali pour étouffer encore un peu plus les militants des droits humains, les journalistes et les magistrats de son pays».
C'est d'ailleurs au soir de la publication dans «Libération» de son enquête intitulée «Manifestants tabassés par la police» que Christophe Boltanski a été blessé, alors qu'il rentrait seul et à pied à son hôtel, dans le quartier des ambassades. Les mesures de sécurité y ont pourtant été sensiblement renforcées avant l'ouverture du sommet où sont attendus plusieurs milliers de participants. «Les inquiétudes exprimées sur la sécurité des journalistes si le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI) organisé par l'ONU devait être tenu dans la capitale tunisenne ont été confirmées par cette brutale agression», a estimé lundi le directeur de l'Institut international de la presse, Johann Fritz, dans un communiqué.

Les réactions de réprobations sont montées d'un cran dans l'après-midi. Alors que le porte-parole du PS, Julien Dray, qui s'est également ému de cette agression, demandait au gouvernement français «des explications» sur le «passage à tabac» de notre envoyé spécial, c'est le dépu té PS Jack Lang, ancien ministre de la Culture, qui a suggéré lundi «un éventuel boycott» du Sommet mondial, en dénonçant «le régime policier tunisien (qui) poursuit sa politique d'oppression politique jusqu'à contraindre des avocats à s'infliger une grève de la faim». Pour Lang, «il serait paradoxal que les technologies de l'information, qui sont par excellence placées sous le règne de la liberté de la presse, fassent l'objet d'un sommet international dans un pays d'étouffement de la démocratie». Le quotidien «Le Monde» a pour sa part estimé que «pour être fidèle à l'image du pays de la démocratie qu'elle souhaite tant préserver, la France serait bien inspirée de s'abstenir d'être présente, dans un tel contexte, au sommet de Tunis», écrit le quotidien du soir dans un éditorial intitulé «Sanctionner Ben Ali».

De leur côté, les autorités tunisiennes assurent poursuivre leur enquête. Un «incident comme celui-ci peut survenir dans toutes les capitales du monde» ont fait valoir les autorités tunisiennes, selon lesquelles «il est par conséquent inopportun d'amplifier cet incident au-delà de ses proportions réelles, d'autant que l'enquête suit son cours avec célérité et que tous les efforts sont déployés afin que toute la lumière soit faite sur cette agression criminelle». Le ministère français des Affaires étrangères avait demandé dimanche aux autorités tunisiennes de «faire toute la lumière» sur l'agression de Christophe Boltanski, et «à être tenu informé du déroulement de cette enquête».

Lundi 14 Novembre 2005
http://www.emarrakech.info/Jack-Lang-propose-le-boycott-du-sommet-de-Tunis_a5982.html